Dégâts de gibiers et drones, atouts et limites

8 février 2016 Par Fabrice

En écho à l’article paru en janvier 2016 dans l’Agriculteur Charentais et intitulé « Il est urgent d’intervenir » - où l’idée est soumise de faire passer des drones au-dessus des parcelles culturales pour estimer les dégâts de gibiers - il est admis que l’informatique et la cartographie moderne ont révolutionné la capacité d’analyse des territoires de chasse à grande échelle : identification des cultures par images satellites infrarouge, délimitation de systèmes complexes d’habitats grâce aux prises de vues aériennes dont la précision atteint parfois le centimètre pixel, réalisation d’audits de territoires faune sauvage sur un département…

La problématique des dégâts de gibiers est d’une actualité brûlante pour le monde agricole et la mobilisation de nouvelles technologies de cartographie aérienne par aéronefs télé pilotés (drone) peut être intéressante. Petit retour sur cette technologie, ses avantages et inconvénients.

Véritable révolution technologique, les drones nous offrent l'opportunité d'observer l’environnement sous un angle nouveau, de détecter et d'analyser les problèmes rapidement et à moindre coût. Les drones aériens se classent schématiquement en trois catégories de matériels : les drones à plusieurs hélices (4, 6, 8…), les ailes volantes et les petits avions (une hélice).




Munis de GPS et d’appareils photographiques haute définition (HD), ils sont capables de capturer des images verticales du sol à très haute résolution (THR) pour produire des mosaïques, orthophotographies et modèles numériques d’élévation (altitude du sursol) d’une précision allant de quelques dizaines de millimètres à plusieurs dizaine de centimètres. Munis de capteurs beaucoup plus spécifiques, ils permettent d’analyser en agriculture de précision l’activité chlorophyllienne d’une plante (proche infrarouge), les besoins en azotes, et en analysant les longueurs d’ondes hyper-spectrales la différenciation des espèces et la santé « chirurgicale » des plantes.

Cette précision est donc suffisante pour analyser l’impact du gibier sur le parcellaire agricole (prairies, grandes cultures…). Un technicien en Système d’Information Géographique (SIG) bien formé sera en capacité de produire une cartographie précise des dégâts à partir de simples photographies aériennes. Entre la mission des vols, le traitement des données aériennes et la délimitation des zones impactées par visu-interprétation semi-automatisée et numérisation manuelle, quelques jours (entre 2 et 4 au minimum selon la surface à traiter) sont nécessaires pour produire des données cartographiques sur les dégâts (coulées des animaux, zonages et pourcentages théoriques impactés, perte de matière). Ces éléments doivent ensuite être vérifiés par les experts reconnus. En effet, l'expertise des dégâts de gibier est très encadrée sur un plan réglementaire et l'utilisation de drones n'est pas prévue par la loi.

Les drones peuvent-ils aider le monde agricole sur la problématique des dégâts de gibiers ?


Oui mais en partie seulement. Soyons raisonnables. Actuellement, les drones aériens ne peuvent être qu’un support technologique pour accompagner les experts au sol et en aucun cas les remplacer. Ensuite, tous les dégâts de gibiers sont difficilement accessibles par drones aéroportés. Adaptés aux grandes cultures par une vision verticale facilement opérationnelle, ils le seront beaucoup moins pour des dégâts de chevreuils sur les façades des premiers rangs des parcelles de vigne. De plus, l'imagerie produite par les drones ne permet pas de faire la différence entre les espèces à l'origine des dégâts, entre des cultures couchées parce qu'il y a des dégâts ou parce que la culture est parasitée ou a reçu trop d'azote.

Quels coût pour quels livrables ?


Le recours aux drones présente donc un coût supplémentaire à la procédure terrain actuellement en vigueur. Question : qui prend en charge ce coût ?
Des sociétés privées se sont lancées sur le marché de la cartographie des dégâts de gibiers et proposent des coûts à partir de 7 € l’hectare analysé et traité. Pourquoi pas. A ce tarif-là et pour bien comparer les offres des différents fournisseurs, vérifiez-bien les services et les livrables qui vous sont fournis :

  • - Suis-je propriétaire des données initiales (photographies aériennes) ?
  • - Est-ce une simple carte papier (PDF, JPG) de la situation ou des données cartographiques numériques dans un format interopérable que l’on peut intégrer facilement dans le SIG d’une FDC ?
  • - Ma photographie aérienne est-elle une simple mosaïque ou une véritable orthophotographie couplée à un Modèle Numérique d’Elévation et géoréférencée en coordonnées Lambert ?
  • - Quelle est la précision du géoréférencement de mon image livrée ?
  • - Quelle est la taille du pixel de l’image (effectuer une analyse de dégâts de gibiers sur des images de 30 cm pixel, comment vous dire…) ?
  • - Ma donnée peut-elle me servir à d’autres analyses spatiales sur mon territoire de chasse ?
  • - Quel est mon droit de reproduction des données, de transmission à un tiers, de partage ?
Autant de questions qu’il serait bon d’envisager avant de passer commande.

Demain, l’avenir…


Comme toutes les nouvelles technologies, l’industrie du drone au service de l’agriculture de précision n’en est qu’à son début. Certaines réserves de biodiversité en Afrique effectuent actuellement des comptages animaliers et surveillent en temps réel la situation de leurs territoires à partir de drone (type avion) à très grandes autonomies de vol. Une connaissance toujours plus approfondie de nos territoires qui pourraient demain être accessible en « temps réel » sur des plateformes collaboratives accessibles à des utilisateurs identifiés et connectés.